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25/05/2020

Du combat et du champagne : Patrick Serrière et Michel Tachdjian racontent leur finale

Bus en retard, straps, champagne et marrons... Patrick Serrière et Michel Tachdjian, "l'attelage" de 2ème-ligne victorieux en 1990, ont répondu aux questions des supporters pour fêter les 30 ans du titre ! Découvrez leur interview croisée.

Michel est-il le seul homme au monde à faire plus peur quand il sourit que quand il ne sourit pas ?

Michel Tachdjian : Seulement sur les terrains ! Pas dans la vie… et à ce jour je n’ai pas eu de plaintes de Karine mon épouse depuis plus de 30 ans. C’est le plus important…

Patrick Serrière : Elle n’ose pas la pauvre, par peur de représailles (rires), c’est quand même avec toi qu’elle vit tous les jours. Plus sérieusement, je ne sais plus qui avait fait cette réflexion à l’époque : La Guille ( P.Guillard), Yvon Rousset, Claude Atcher voir PMB (Pierre-Michel Bonnot/L’Equipe) ?

Comment s’est déroulée la semaine de finale ? 

Michel Tachdjian : Moins festive que la semaine de la Finale de 1987 ! À l’époque certains joueurs de l’équipe avaient participé le mardi au 1er marathon des leveurs de coudes de Saint Germain des Prés organisé par notre ami Jean Cormier.

Patrick Serrière : En 87, la surprise d’être en finale était tellement énorme, que cela suffisait à notre bonheur, sans plus d’ambition. En 90 c’était différent, après 3 saisons de disette, on ne voulait pas se rater. C’était l’année ou jamais.
Une anecdote néanmoins que peu connaissent. Il s’était écoulé 15 jours entre la demi-finale et la finale. Une semaine avant la finale, dans la nuit du samedi au dimanche à la sortie du City Rock Café vers 4h du mat, avec le DJ Lucky, Geoffrey (Abadie), Karim Abbou, Franck Helière, , Jean-Claude Lenga – un ami de toujours – et moi, nous avions réussi à enjamber les grilles du Parc des Princes et là, à nous 6, avions mimé notre victoire et la remise du bouclier….. Heureux présage sans superstition.

Nous avions réussi à enjamber les grilles du Parc des Princes et là, à nous 6, avions mimé notre victoire et la remise du bouclier….. Heureux présage sans superstition.

Patrick Serrière

Aviez-vous des rituels avant les matchs, et plus particulièrement avant les phases finales ?

Michel Tachdjian : Prendre un tube de Guronsan et de vitamine C pour rassurer ses coéquipiers et être opérationnel pour la 3ème mi-temps. Mais ça c’était avant !

Patrick Serrière : C’est vrai que cela nous aidait surtout à tenir la 3e mi-temps ! Pour la finale, un évènement majeur de notre saison, nous avions besoin de nous rassurer,  donc nous sommes restés sur ce que l’on maîtrisait : les habitudes ! Nous n’avions rien cherché à inventer.

Comment s’est déroulé l’avant match ? 

Michel Tachdjian : contrairement à 87 où nous étions contents de participer, en 90 l’objectif était de gagner… Donc très grosse pression avec quelques coups de casque entre gros pour se préparer au combat.

Patrick Serrière : Souviens-toi, le transfert entre Rambouillet, lieu de notre mise au vert, et le Parc des Princes avait été très tendu. Coincés dans les bouchons, les motards de la police avait forcé le passage de notre bus entre les voitures à coups de bottes. Ça gueulait de partout sur la route de la Porte de Saint Cloud. Résultat : une arrivée une demi-heure avant le coup de sifflet dans un état d’excitation maximale. Pas le temps pour un échauffement musculaire, juste la photo d’avant match sur la pelouse, toi tes straps type la Momie de Ramsès II et les quelques coups de casque auxquels tu fais référence.

Patrick, avez vous fait un discours d’avant match ? 

Patrick Serrière : Vu notre retard, il n’y a pas eu le temps pour un discours d’avant-match. Quelques phrases ici ou là à chacun des joueurs tout au long de la journée, dans le vestiaire et durant la haie d’honneur présidentielle.
Je me souviens de celui de notre président Labro. Au moment du déjeuner, au Château La Voisine, il se lève et entame son discours. Une phrase… et il fond en larmes et quitte le repas. Quand tu as le directeur des RP et de la Communication d’ELF Aquitaine qui craque, eh bien pour ceux qui n’avait pas encore compris, là ils savaient qu’il se passait un évènement important !

Vous vous souvenez de ce que vous avez dit au Président Mitterrand ?

Michel Tachdjian : Non j’étais déjà dans le match.

Patrick Serrière : Mis à part lui présenter les joueurs et me tromper sur Franck Helière que j’ai appelé Franck Mesnel (on voit son étonnement à la télé d’ailleurs), mais rien de plus. J’avais les mains pleines de vaseline quand Albert Ferasse me l’a présenté et je n’ai pas pris le temps de les essuyer… Oups !

Étiez-vous favoris face à Agen, au sommet du rugby français à cette époque ?

Michel Tachdjian : Agen était favori, nous étions les miraculés du championnat qui avait débuté à 80 clubs !  Nous avions vécu un début de championnat difficile avec une qualification de dernière minute contre Aurillac clé de l’accession au championnat Elite.
Miraculés par cette victoire à l’arrachée contre Grenoble en quart de finale, miraculés par cette victoire contre Toulouse – champion en titre qui rate tout son jeu au pied – miraculés par la qualification de Jean Pierre Genet acceptée par Agen et la FFR pour jouer la finale après son expulsion en demi-finale, miraculés par cette pénalité de 55m réussie à la dernière minute du match par Geoffrey Abadie qui nous propulse en prolongation et miraculés d’avoir récupéré Laurent Cabannes après ses divers accidents !

Patrick Serrière : C’est vrai qu’on revenait de loin cette saison. Agen s’était une Armada avec des internationaux sacrément capés (Sella, Berbizier, Gratton Erbani, Benetton) ou des joueurs expérimentés et à fortes personnalités à toutes les lignes (Seigne,Tolot, Montlaur, Lacombe). Donc on les voyait favoris, le rôle d’outsiders nous allait bien. Cela dit, nous n’avions aucun complexe car notre effectif était bigrement armé, bien équilibré. Après 5 ans de joutes, notre groupe arrivait à maturité.

Quelles étaient vos impressions sur vos adversaires avant de rentrer sur le terrain ?

Michel Tachdjian : Un peu inquiets, nous savions qu’on allait souffrir devant avec la présence de Laurent Seigne, meilleur pilier droit du championnat, d’Abdelatif Benazzi, de Dominique Erbani et derrière avec les trois-quarts amenés par Pierre Berbizier et Philippe Sella.

Patrick Serrière : tu as toujours été d’un naturel inquiet, Michel, (rires). Personnellement je n’avais pas d’inquiétudes. En 1987 notre présence étant tellement surprenante que j’avais peur que le Parc de Princes ne soit pas plein, là je ne me suis posé aucune question. Dès l’entrée sur le terrain, j’avais les yeux rivés sur le bout de bois (Bouclier de Brennus). Il ne devait pas nous échapper.

Est-ce le coup de champagne à la mi-temps (alors que le score était à égalité) qui a donné le petit plus au Racing pour gagner cette finale indécise ?

Michel Tachdjian : Après les nœuds papillon, ce champagne servi par Yvon Rousset nous a rassuré, motivé et resserré. Si on tenait devant, nos arrières du show biz feraient la différence.

Patrick Serrière : Je l’ai à peine vu, mais dans ce match serré et tendu, cela m’a fait marrer. Ce qui nous fait gagner, c’était qu’on était une sacrée bande de potes et que nous n’avons jamais douté !

Après les nœuds papillon, ce champagne servi par Yvon Rousset nous a rassuré, motivé et resserré. Si on tenait devant, nos arrières du show biz feraient la différence.

Michel Tachdjian

Le pack était impressionnant, la finale a t-elle été le match des avants ?

Michel Tachdjian : La finale s’est jouée dans un petit périmètre, Agen avait décidé de nous bousculer devant et compte tenu de la fatigue liée aux matchs précédents, cela nous arrangeait aussi.

Il y a eu près de 40 mêlées dont la plupart rejouées… Le public s’attendait à un festival d’art et d’essais mais cela a plutôt été la promotion des châtaignes du Périgord Agenais !

Patrick Serrière : Oui, le match s’est gagné devant. Cela a été un sacré combat au niveau du pack. Difficile de savoir pourquoi ce match s’est engagé comme cela. Je me souviens que d’entrée de jeu – après le coup d’envoi et quelques intimidations d’usage – nous engageons le jeu par une première attaque de nos trois-quarts.
Après c’est plus confus dans ma mémoire au niveau des Châtaignes distribuées… (rires)

Faisiez-vous le compte des marrons à la fin du match ?

Michel Tachdjian : Non, sinon on se serait endormi !

Patrick Serrière : Seul le score du tableau d’affichage compte.

Champagne ou bière pour fêter la victoire ?

Michel Tachdjian : Bière, le champagne à la mi-temps seulement !

Patrick Serrière : Champagne après le match dans le vestiaire, bière par la suite

C’était comment un vestiaire de rugby après une victoire en 90 ?

 Michel Tachdjian : Bruyant et humide !!

Patrick Serrière : Un vacarme de dingue. Un monde de fou. Des gens qu’on ne connaissait pas. Je me suis fait piquer mon maillot du match dans mon sac.
Les joueurs fumeurs ont sorti le cigare que nous avait envoyé à chacun le patron d’Europe 1 (notre sponsor) le lendemain de notre demi-finale victorieuse contre Toulouse, avec le message suivant : « À fumer dans 15 jours sous la douche après la victoire ».

Cette victoire annonce-t-elle l’arrivée du rugby pro moderne et la fin du rugby « fédéraliste » ?

Michel Tachdjian: Elle confirme le retour du rugby parisien dans l’élite !

Patrick Serrière : Oui rien de plus. D’ailleurs, à vérifier, mais il me semble que cette année-là, un bon nombre de championnats avait été remportés par des équipes au Nord de la Loire.
La tentative de David Lord en 86 de créer une Ligue Mondiale Professionnelle est avortée à la suite de la création de la World Cup en 87. Au niveau national nous sommes en 90 et même si les équipes se structurent de mieux en mieux, on ne parle pas encore de championnat pro.

30 ans après le match, pensez-vous que P.Sella et P.Berbizier ont gardé un bon souvenir de ce match ?

Michel Tachdjian : Un souvenir oui, bon je ne pense pas ! Mais Pierre et Philippe avaient déjà été champions de France avec Agen. Il faut savoir partager …

Patrick Serrière : Nous n’en parlons jamais avec Pierre et Philippe quand on se croise, mais Laurent Seigne et Philippe Berbizier ont très longtemps refusé de me serrer la main. Laurent a même refusé que je pousse derrière lui quelques mois après lors d’un NZ vs Barbarians ! Ce fut la seule fois de ma vie où j’ai poussé à gauche derrière David Sole l’écossais. Je n’ai jamais eu l’occasion de recroiser Laurent depuis. Quant à Philippe nous nous sommes revus lorsqu’il a officié au Racing avec Pierre. Apparemment il n’y avait plus de rancune !

Si vous pouviez intégrer un joueur de 2020 à l’effectif de 1990, qui choisiriez-vous ?

Michel Tachdjian : Camille Chat

Patrick Serrière : Puisque tu prends un avant, je choisis un trois-quarts : Virimi Vakatawa ! Mais c’est vraiment parce que l’internaute insiste, car je ne changerai en rien notre équipe de 90.

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